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Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux (BNAM)
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L’ALLÉGORIE SUR LADECINE UNIVERSELLE
Traduite sur l’original anglo-saxon de la bibliothèque du prince anglo-saxon, qui n’a jamais été traduit ni copié.
Article mis en ligne le 22 février 2010
dernière modification le 7 janvier 2022

L'<span class="caps">ALL</span>É<span class="caps">GORIE</span> <span class="caps">SUR</span> <span class="caps">LA</span> MÉ<span class="caps">DECINE</span> <span class="caps">UNIVERSELLE</span>

Cette délicieuse pièce se trouve dans l’ouvrage intitulé : Le Diadème des sages, ou démonstration de la nature inférieure, par Phylanthropos, citoyen du monde. A Paris, chez Mérigot l’aîné, libraire, quai des Augustins, près de la rue Dauphine, et Lesclapart, libraire, pont Notre-Dame, à côté de Saint-Denis-de-la-Chartre, à la Sainte-Famille, 1781.
Phylanthropos cachait l’identité d’Onésime-Henri de Laos (1725-1785) disciple de Pasqually. Il était l’un des philalèthes dont la loge avait été fondée par la Grande Loge de France, le 24 avril 1771, sous le titre distinctif des « Amis réunis. »
Il mourut avant la dernière réorganisation, en mars 1788, de la société, devenue véritable machine de guerre politique, en désaccord complet avec l’esprit de son livre, où l’on peut lire, page 167 : « Actuellement, la plupart des hommes se trouvent ravalés à la condition des brutes, en n’attribuant au genre humain qu’une âme matérielle, qui les réduit à la sordide nécessité de chercher toujours ce qui flatte leur amour-propre ; qui, confondant tous les états et toutes les conditions, traitent la subordination de droit barbare, l’obéissance de faiblesse, la principauté de tyrannie, en n’établissant tous les systèmes que sur des fondements obscurs et presque imaginaires. »
Ailleurs (page 148), il est d’avis que la vraie Maçonnerie était celle qui cachait sous les mystères sacrés de son rituel, la préparation de la pierre philosophale. (Bernard Husson)
RECETTES DE L’AMBROISIE
SERVIE À LA TABLE DES DIEUX, AUX NOCES DU CIEL ET DE LA TERRE ;
ALLÉGORIE
Traduite sur l’Original Anglo-Saxon de la Bibliothèque du Prince Anglo-Saxon, qui n’a jamais été traduit ni copié.

Jupiter ayant dessein de marier le Ciel et la Terre, et de les rendre égaux en vertu et en dignité, de manière que l’un devint absolument égal à l’autre, résolut de se servir d’un Dieu, afin d’opérer des choses étonnantes.
Son choix tomba sur Mercure, fils de Maya. Ce Dieu lui parut plus propre qu’aucun autre à remplir cette auguste et importante fonction, parce que ses ailes et sa légèreté lui fournissaient les moyens d’aller et de revenir souvent du Ciel à la Terre et de la Terre au Ciel, pour porter le message des deux amans qui se chargèrent de composer l’Ambroisie, dont les nouveaux époux voulaient régaler les Dieux inférieurs, ce mets devant leur donner l’immortalité dont ils ne jouissaient point encore.
Ils conduisirent donc Mercure dans le cabinet intérieur de leurs secrets, et après l’avoir instruit de l’art cabalistique de la magie naturelle, ce Dieu subtil commença son opération.
Il se transporta d’abord vers ces régions où le Ciel est orné des constella¬tions magellaniques. Après avoir traversé la ligne de l’orient à l’occident, il parvint à un royaume situé par trente-deux degrés et demi, où il croît, entre autres plantes curieuses, un certain arbre nommé Trisarchos. Ceux qui sauront la langue du grand Aristote verront bien que ce nom renferme des vertus puissantes, puisqu’il dénote trois royaumes ou trois empires.
Les Cabalistes naturels prétendent qu’il est ainsi nommé parce qu’il renferme les trois grands principes naturels, ou parce qu’il tient aux trois règnes de la Nature ; enfin Mercure cherchait un Trisarchos. Il en choisit un, grand, sain, de belle hauteur, c’est-à-dire, haut d’environ soixante-six pieds philosophiques, (car la hauteur ordinaire du Trisarchos est de soixante-douze pieds philosophiques). Quoiqu’ainsi que nous l’avons dit, cet arbre fût bien portant et très-sain, il se trouva cependant avoir un creux dans le milieu. Mercure en recueillit une moelle sulfureuse, de la nature et voisine de la fontaine des jeunes colériques, et prenant sur-le-champ son vol vers l’étoile du nord, il arriva, après quelques heures, en un lieu éloigné d’environ 1300 lieues marines de celui d’où il était parti ; il y trouva un beau Trisarchos, aussi frais que le premier ; mais au lieu de recueillir la moelle de celui-ci, ayant aperçu une incision que la jardinière de ce lieu, nommée Nature, avait faite à cet arbre, environ vingt-cinq pieds plus haut que le creux dont il avait extrait la moelle, il en recueillit une eau froide et de sa nature, dont il avait besoin pour tempérer la chaleur excessive de la gomme sulfureuse du Trisarchos. Afin de ne point perdre de temps, et pour employer ces deux substances, sœurs et homogènes, dans toute leur fraîcheur, Mercure entra dans le laboratoire de la jardinière ; et ayant emprunté un de ses vases, pour purifier, amalgamer, sublimer et cohober philosophiquement ces deux matières sortant d’une même racine, il en retira deux substances Homogènes ; l’une blanche, qu’il appelé la Femme froide, et l’autre qu’il nomma le Serviteur rouge.
Ces opérations avoient déjà changé la forme des deux substances, au point de les rendre méconnaissables. Le gros avait été rendu subtil, l’épais rendu liquide, et le liquide épais, le tout d’une nature solide, mais infiniment moins imparfaite qu’elle l’était avant cette première et indispensable opération ; mais Mercure savait combien il lui manquait encore des degrés de perfection, avant de pouvoir mettre cuver la matière qui devait composer l’Ambroisie.
Ce Dieu n’était pas cependant peu embarrassé. Jusqu’alors il n’avait eu besoin que du secours de Cybèle et de la jardinière. Comme elles étaient parentes, il avait aisément gagné leurs bonnes grâces ; mais bientôt il allait avoir besoin des Dieux supérieurs, et sur-tout d’Apollon avec lequel il était brouillé, au point qu’il ne pouvait souffrir sa présence, quoiqu’ils fussent proche parents ; et dès qu’il voyait ce Dieu, il se dissipait devant lui comme de la fumée. Mercure ne doutant point que sa cousine la Femme froide, étant de même nature, ne manquerait pas d’être effrayée à la vue d’Apollon, et fuirait ainsi que lui, ce qui rendrait son travail vain ; et sachant aussi qu’Apollon mépriserait le Serviteur rouge, et ne daignerait pas jeter sur lui ses regards, si, d’un côté, la Femme froide n’acquérait point un degré de fixité capable de lui faire supporter la présence d’Apollon, et si, de l’autre côté, le Serviteur rouge n’était anobli et élevé à un plus haut état, il jugea qu’il n’y avait d’autre ressource, pour opérer ces merveilles, que de se servir d’un certain Génie (invisible à tout autre qu’aux Dieux et aux vrais Sages,) qui tient un milieu entre le Ciel et la Terre, et communique à l’une les influences de l’autre. Ce Génie puissant, comme un autre Protée, prend toutes sortes de figures ; tantôt il est feu et invisible, tantôt il est eau et ne mouille point les mains ; tantôt il est poison, antidote, animal, herbe, métal. Il est le sperme général de tout être sublunaire, contient en soi toutes les semences. On ne finirait point si on voulait décrire toutes ses vertus ; son nom est Ramver, et Mercure connaissant que ce Génie était le seul duquel dépendît tout le succès de son opération, il vola d’un pôle à l’autre, et parcourut bien des méridiens sur terre et sur mer, avant de pouvoir le trouver. A la fin il le rencontra dans les plaines du midi de l’Afrique, qui prodiguait, à pleines cornes d’abondance, ses dons précieux aux imbéciles Hottentots et aux avares Hollandais qui, sans s’embar¬rasser de connaître son essence, se contentaient de le vendre à beaux deniers comptants, après l’avoir enfermé dans des bouteilles de verre, et c’est ce que nous appelions le Vin du Cap.
Le laboratoire de Mercure avait été établi chez la jardinière qui demeurait près de la forêt des Trisarchos, vers le tropique du nord. Ramver reçut Mercure amiablement, et lui promit de lui être favorable, ainsi qu’à la Femme froide et au Serviteur rouge, qui se trouvèrent être de la famille de Ramver ; mais telle instance que Mercure pût lui faire, pour l’engager à le suivre vers le nord, Ramver lui prouva, par de bonnes raisons, qu’il lui était impossible d’y consentir ; mais il lui promit que, dans trois années lunaires philosophiques, il se rendrait vers le nord, sur la monture dont la tête est ornée de la double corne d’Amalthée.
Mercure fut obligé de revenir sur ses pas ; et comme il fallait qu’il attendît long-temps, de peur que la Femme blanche et le Serviteur rouge ne vinssent à s’amouracher l’un de l’autre, et à se conjoindre illicitement, il enferma chacun d’eux dans les deux serpents de son caducée, et pour n’en pas manquer au besoin, et de peur qu’ils ne s’ennuyassent seuls, il donna plusieurs compagnes et compagnons, tant à la Femme blanche qu’au Serviteur rouge.
Après les trois révolutions lunaires finies. Mercure un jour, volant au-dessus de la mer, vit deux gros marsouins qui naviguaient vers le midi et déjà se perdaient dans l’horizon ; et jetant les yeux du côté opposé, il aperçut un groupe d’enfants ailés qui parfumaient l’air de leur baleine ; ils enchaînaient, avec des guirlandes de fleurs, un beau mouton que Mercure reconnut pour être la monture de Ramver. Mercure ne perdit pas un instant mais il se rendit dans une plaine verdoyante vers laquelle Ramver dirigeait sa course. Cybèle, qui déjà lui avait été favorable, prit les Femmes froides et les Serviteurs rouges que Mercure fit sortir de son caducée, et les mit sur sa tête, de façon qu’ils fussent comme mêlés, sans être couverts parmi les petits cheveux naissants de Cybèle. Cette Déesse connaissait bien l’amour dont Ramver brûlait pour elle, et que sur-tout son cousin se plaisait à se jouer parmi ses naissants cheveux ; il n’y manqua pas en effet, et il y prit tant de plaisir qu’il en versa des larmes de joie, qui, venant à tomber sur les protégés de la Déesse, en furent blanchis, lavés, liquéfiés, subtilisés, fixés et anoblis à tel point, que Mercure lui-même, qui s’y attendait bien, ne put s’empêcher d’en marquer quelque surprise.
Il profita donc du secours de la Déesse, pour répéter ses opérations autant de fois que le portaient ses instructions ; et quand il vit ses enfants en état de paraître avec honneur et dignité, il se hasarda de les présenter à Apollon. Ce Dieu puissant n’eut pas plutôt jeté les yeux sur le Serviteur rouge que, prévoyant (en sa qualité de Dieu) que bientôt cet être tiré de la fange, et né dans l’abomina¬tion, non-seulement partagerait avec lui son sceptre, mais même qu’il deviendrait si puissant qu’il perfectionnerait en peu d’heures l’œuvre qu’il employait mille ans à accomplir, il se laissa emporter d’une terrible fureur, en prenant son arc et ses flèches, toujours sures de leurs coups, il en décocha plusieurs sur son ennemi.
Aveugle Divinité, où t’emporte ta fureur ? Tu ne vois pas que, loin de donner la mort à ton rival, chacune de tes flèches lui donne une nouvelle vigueur ? Dès la troisième, déjà comme un aigle sublime il ose te fixer ; à la septième, il est égal à toi ? Mais quoi ! La dixième part ! L’arc te tombe des mains, ta fureur s’apaise, tu voles dans les bras de ton rival ; que dis-je, il est désormais ton frère, vous voilà inséparables. Il n’est plus en ton pouvoir de lui enlever la vertu que tu lui as donnée, et loin de le désirer, tu n’aspires qu’après l’heureux moment où, dégagé du reste de ses impuretés, ton frère, qui est ton fils, régnera avec gloire, et couronnera tes autres enfants.
Diane ne voyait pas sans inquiétude la fureur du Soleil. Elle était déjà d’assez mauvaise humeur. Depuis plusieurs mois, sa chasse avait été pénible ; les frimas et les neiges avoient souvent fait perdre à ses chiens la piste des hôtes des forêts. Pour combler sa froide mélancolie, elle venait, dans l’instant même, d’être témoin des embrassements impudiques de Mars et de Vénus qui étaient sous ses yeux même, et en compagnie de la chaste Déesse. Comme elle ne portait sur sa tête qu’un léger croissant, sans doute ces Divinités, emportées par la véhémence de leurs désirs, avoient méconnu la pudique Diane.
La Déesse voyant encore la Femme froide que les Destins menaçaient de rendre son égale, comme le Serviteur rouge l’était devenu du Soleil, elle ne put résister à tant de douleur ; et oubliant sa qualité de Déesse pour se livrer à la faiblesse de son sexe, elle répandit un torrent de larmes qui bientôt inondèrent l’heureuse Femme froide ; elle en augmenta encore de froideur, mais elle y gagna en sperme et en vertu, et ce qui ne s’était jamais vu, les larmes d’une vierge fécondèrent une vierge, ou plutôt la rendirent propre à être fécondée ; c’est ainsi que la Femme froide devint aussi heureuse que le Serviteur rouge l’avait été, ainsi que leurs compagnons et compagnes qui devinrent capables d’être mariés, et de produire le Roi et la Reine, c’est-à-dire, le Ciel et la Terre purifiés et mariés ensemble.
Mercure avait trop bien réussi pour ne pas achever son ouvrage ; mais comme ce qui restait à faire n’était plus qu’un jeu d’enfants et un amusement de femme, et qu’il était appelle ailleurs pour un message de Jupiter, il confia le reste de l’œuvre à la mère Maya qui, en filant sa quenouille, le conduisit à sa perfection, en veillant seulement à tenir, dans une douée chaleur, la Femme froide et le Serviteur rouge, que je nommerai dorénavant le Roi et la Reine, et que Mercure avait enfermés dans un palais de cristal.
Parlerai-je des ténèbres qui couvrirent le lit nuptial du Roi et de la Reine, qui durèrent une année et demi-philosophique ? De la cruauté de la Reine qui dévora son époux royal et frère ? des pleurs qu’elle verra de repentir, qui furent tels qu’après un court règne dans la blancheur, elle se liquéfia, afin de rentrer dans le ventre du Roi qui, après huit années philosophiques, ressuscita glorieux, vêtu de pourpre et couronné d’or ? Tout cela n’est-il pas écrit dans les Fastes des Sages ?
Au reste, du corps du Roi Mercure composa l’élixir des Sages ; ce fut l’Ambroisie du banquet des Dieux aux fêtes du mariage du Ciel et de la Terre, qui se termina sur-le-champ. Jupiter fut content des travaux du fils de Maya, et pour lui en marquer sa satisfaction, il permit que Mercure multipliât par dix, et dix fois dix, et dix fois cent, et dix fois mille, l’Elixir des Sages, tant en vertu qu’en quantité, en faisant seulement baigner le Roi et la Reine sa femme dans le sang des Serviteurs rouges et des Femmes froides, que Mercure avait mis en réserve dans les serpents de son caducée, et auxquels le Roi et la Reine distribuaient, pour récompense, des royaumes aussi grands que les leurs. Depuis ce temps, l’Ambroisie est le mets ordinaire de la table des Dieux, et très-rarement ils en font part à quelques Sages leurs favoris qui, les craignant, les remercient, font le bien, jouissent et se taisent.