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Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux (BNAM)
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Hermès dévoilé
Hermès dévoilé
Cyliani

Hermès dévoilé

Article mis en ligne le 1er février 2010
dernière modification le 12 mai 2014

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HERMÈS DÉVOILE
CYLIANI
Ayant passé 37 ans de mon existence à étudier les phénomènes de la nature, je crois devoir publier une
partie de mes découvertes ainsi que les peines et les malheurs que j’ai éprouvés, dans les vues de servir
d’exemple à la jeunesse, de prévenir la ruine des honnêtes gens et de rendre service à l’humanité
souffrante. Né d’une mère chérie et d’un père respectable et très instruit, qui occupait une place très
honorable dans la société ; étant seul de garçon mon père fut mon mentor et me donna une éducation
soignée. De bonne heure je devins le modèle de la jeunesse de ma ville par ma conduite, mon goût pour
les arts et les sciences et mon instruction. A peine avais-je 17 ans que je pouvais vivre indépendant et du
fruit de mes talents. Mon père était en correspondance avec des savants dans le nombre desquels il y en
avait qui s’occupaient de la recherche de la pierre philosophale et de la science occulte des choses. Leurs
livres m’étaient tombés entre les mains. J’en étais imbu, je me disais : serait-il possible que des rois, des
princes, des philosophes, des présidents de cour et des religieux eussent pris plaisir à mentir et à induire
en erreur leurs semblables ? Non, c’est impossible, me répondais-je ; ce sont plutôt d’anciennes
connaissances cachées sous le langage des hiéroglyphes afin que le vulgaire en soit privé et qu’il n’y ait
que les élus qu’il plaît à Dieu d’initier qui puissent posséder ces connaissances surnaturelles. J’étais
naturellement bon et croyant ; ne connaissant pas les détours du coeur humain, je crus à la sincérité de ces
livres. Il me tardait d’être mon maître afin de me livrer à ce genre d’études ; la vie à mes yeux n’avait plus
de charmes qu’autant que l’on possédait la santé et que l’on pouvait faire des heureux sans qu’ils puissent
parler de nous. La connaissance de la pierre philosophale remplissait ce but : elle devint alors le sujet de
mes veilles et de mes moments de loisir ; mon ambition se portait aussi à acquérir la certitude de
l’existence et de l’immortalité de l’âme. Telles étaient les connaissances que je désirais acquérir aux
dépens même de mon existence.
La révolution française venait d’éclater. Mes connaissances parurent, aux yeux de mes concitoyens, plus
utiles dans une administration qu’à l’armée. On m’honora de plusieurs places. Dans mes tournées, je vis,
en entrant dans une petite ville, une jolie demoiselle dont les traits de bonté, le sourire gracieux et l’air
décent charmèrent mon âme et enflammèrent mon coeur. Dès ce moment je me promis d’en faire ma
femme. Après avoir rempli la tâche que m’imposaient mes devoirs, je m’occupai de chercher quelque
prétexte pour lui parler : l’amour n’en manque pas, et peu de jours s’écoulèrent jusqu’au moment où je
reçus la permission de me présenter chez elle. Enfin, l’hyménée vint combler mes voeux, et je me promis
de la rendre la femme la plus heureuse du monde. Hélas ! j’étais loin de croire que je lui ferais éprouver
une série de malheurs presque sans exemple, puisqu’elle avait tout fait pour me rendre heureux.
Quelques mois après mon mariage, je fis la connaissance d’un homme de talent qui avait pour femme une
artiste célèbre, Ils avaient tous les deux le goût de l’alchimie et me confièrent un petit manuscrit qui avait
été trouvé derrière une armoire, duquel ils faisaient grand cas. Il était écrit d’un style qui inspirait
beaucoup confiance ; tout s’y trouvait à l’exception du nom de la matière, des travaux d’Hercule et de la
connaissance du feu. Je me crus alors l’homme le plus heureux de la terre. Je conçus dans la fougue de
ma jeunesse d’immenses projets : je me mis à travailler ce qui me fit négliger ma partie et mes propres
intérêts. Je crus par la suite donner ma démission afin de me livrer entièrement à la philosophie
hermétique et dans plusieurs années j’eus anéanti la somme que m’avaient donnée mon père et ma mère
en me mariant, et dissipé en fumée une partie de la dot de ma femme.
Mon amour et mon amitié sans bornes pour la compagne de ma jeunesse et sa tendresse pour mois nous
donnèrent une nombreuse famille qui augmenta mes dépenses lorsque ma fortune s’éclipsait ; je voyais
ma femme soutenir avec courage sa position, et le désir de la rendre heureuse augmentait ma ferme
résolution d’atteindre le but que je m’étais proposé. 21 ans se passèrent au sein des plus grades privations ;
je tombai dans le malheur ; mes nombreux amis me tournèrent le dos. On finit en cherchant à s’expliquer
ma position, a vu ma conduite exemplaire, par savoir que mon goût pour l’alchimie me portait à me
priver du plus juste nécessaire, je devins la risée : publique ; on me traita de fou, je fus hué, ma famille me
rejeta de son sein, à plusieurs reprises, je me vis errant dans ma patrie, obligé de suspendre mes travaux,
ayant vendu jusqu’au meilleur de mes habits pour payer les gages d’un domestique qui m’aidait à passer
les nuits. Ma femme, chargée de maints enfants, fut obligée de son côté de se réfugier chez ses parents,
en ne cessant d’être le modèle des vertus et moi, en descendant au fond de mon, coeur, je n’avais rien à me
reprocher que mon goût pour une partie qui m’avait ruiné, et placé ma famille dans une position pénible
et douloureuse.
Je me vis forcé d’oublier mes travaux et de faire valoir mes talents, mais la position pénible où je me
trouvais jetait naturellement une défaveur sur moi. A peine avais-je organisé une partie avantageuse que
mes subordonnés, ou les personnes qui me fournissaient les fonds s’en emparaient, en cherchant à jeter
sur moi une défaveur telle que je ne pus trouver nul appui afin que ma position financière les mît à l’abri
de toute réclamation. Ayant écoulé environ 10 ans ainsi, et employé une partie des nuits à la lecture de
presque tous les ouvrages publiés sur la pierre philosophale, commençant à courber la tête sous le poids
des années, je sentis ce penchant irrésistible qui rappelle l’homme ses premières amours, je me crus de
bonne foi mieux instruit, capable de franchir tous les obstacles qui m’avaient arrêté jusqu’alors. Je
m’adressai à des personnes riches qui avaient mes mêmes goûts, je fus accueilli avec bienveillance. Au
commencement de ces nouvelles connaissances, je passai des jours heureux : les amitiés m’étaient
prodiguées, je pouvais moyennant mes travaux venir au secours de ma famille, mais aussitôt que l’on
croyait posséder mes connaissances, on m’abandonnait sous de vain prétextes ; on se porta même jusqu’au
point de me faire prendre une forte dose de sublimé corrosif dans la vue de me détruire et de s’emparer de
mes écrits. J’avais appris à connaître le coeur humain à mes frais et dépens ; je me tenais continuellement
sur le qui-vive ; mais le feu qui se manifestait dans mon estomac et la saveur que j’éprouvais me firent
recourir au contrepoison. J’en fus quitte pour une année de malaises, et de la presque privation du seul
plaisir que j’avais sur la terre. Que ne puis-je ici, dans la crainte de me rendre importun et trop long, faire
un récit des petites passions humaines et de la différence inconcevable qui existe entre l’homme aimable
que l’on voit orner les soirées de nos salons et le même homme guidé par l’appât des richesses et de sa
vile cupidité. Ce sont vraiment des êtres différents.
Ma plume se refuse ici au récit que ma position me fit éprouver, à peine un grand in-folio suffirait-il pour
contenir mes revers. Je tombai derechef dans le malheur ; il était si complet, que ma nombreuse famille
composée d’enfants charmants, bien élevés, vertueux au-delà de toute expression, chéris dans la société
où ils se faisaient remarquer par leur décence et leurs talents d’agrément, prirent, par amour pour leur
infortuné père, tellement leur chagrin à coeur que de légères maladies, où tout autre aurait guéri au bout
d’une quinzaine, devinrent mortelles pour eux, et en peu de temps je perdis mes enfants.
O perte irréparable ! qu’il est triste et déchirant pour un coeur paternel de n’avoir à ce récit que des pleurs à
faire couler en regrets superflus ! Puisse un jour l’Éternel me permettre de vous revoir, et le ressouvenir de
mes malheurs sans nombre sera pour moi effacé.
Dans la position accablante où je me trouvais, je crus ranimer toutes mes forces pour faire une dernière tentative : je m’adressai à une personne riche, qui avait une grande âme et beaucoup d’instruction, et fus
traité par elle pendant plusieurs années plus généreusement que par les dernières personnes auxquelles je
m’étais adressé et je parvins enfin à faire quelque chose d’encourageant, mais ce n’était point encore
l’oeuvre.
Un jour, me promenant à la campagne, assis au pied d’un gros chêne, je me plus à me repasser toutes les
circonstances de ma vie et à juger si j’avais quelque mérite, où si j’avais encouru l’énorme poids des
malheurs qui m’accablaient, je me rappelai les découvertes utiles au commerce que j’avais faites et le
bénéfice que l’industrie française en avait retiré ; je voyais avec douleur des étrangers en profiter et mon
nom oublié ; je portai mon regard sur des personnes qui avaient eu l’adresse de s’emparer des découvertes
d’autrui, après leur avoir donné une tournure à la mode ; je les voyais comblées d’honneurs, de places, et
je me trouvais errant et repoussé ; je me demandai si j’avais avec intention fait tort d’un sou à l’un de mes
semblables, ma conscience me répondait non ; ai-je cessé un seul moment d’être bon fils, bon mari, bon
père, bon ami pour celui qui le méritait ? mon coeur me dit aussi : non, ton malheur vient uniquement de
n’avoir pas atteint ton but.
Je me représentai qu’il était cruel pour moi d’avoir été à diverses époques de ma vie si mal payé par mes
semblables, même par mes amis ; la peine que me faisaient éprouver tous ces ressouvenir m’accablait,
mes forces m’abandonnaient et je mis ma tête sur mes mains en versant un torrent de larmes, en appelant
l’Éternel à mon secours. La chaleur ce jour-là était forte, je m’endormis et fis le songe suivant que je
n’oublierai jamais.
Je crus entendre craquer l’arbre au pied duquel je me trouvais, ce qui me fit détourner la tête, et j’aperçus
une nymphe, modèle de la beauté, qui sortait ce cet arbre ; ses vêtements étaient si légers qu’ils me
parurent transparents. Elle me dit : j’ai entendu du sein de cet arbre sacré le redit de tes malheurs. Ils sont
grands sans doute, mais tel est le sort où l’ambition conduit la jeunesse qui croit affronter tous les dangers
pour satisfaire ses désirs. Je n’ajouterai aucune réflexion pour ne pas aggraver tes malheurs, je puis les
adoucir. Mon essence est céleste, tu peux même me considérer comme une déjection de l’étoile polaire.
Ma puissance est telle que j’anime tout : je suis l’esprit astral, je donne la vie à tout ce qui respire et
végète, je connais tout. Parle : que puis-je faire pour toi ?
O céleste nymphe, lui dis-je, tu peux ranimer en moi un coeur abattu par le malheur en me donnant
seulement une légère notion sur l’organisation de l’univers, sur l’immortalité de l’âme, et me procurer les
moyens de parvenir à la connaissance de la pierre philosophale et de la médecine universelle. Je suis
devenu la risée publique, j’ai le front courbé sous le poids énorme des malheurs, de grâce daigne me
donner les moyens de me réhabiliter à mes propres yeux.
Je suis vraiment touchée de ta pénible existence, me répondit-elle ; écoute, réunis toutes tes facultés et
grave-toi dans la mémoire le récit que je vais te faire, en prenant une partie des mes comparaisons au
figuré, pour que je puisse me rendre sensible à ton intelligence.
Représente-toi un espace d’une étendue presque sans bornes où flotte le système des mondes, composé de
soleils ou d’étoiles fixes, de nébuleuses, de comètes, de planètes et de satellites, nageant dans le sein de
l’éternité ou d’un soleil de lumière divine, dont les rayons sont sans limites et tu auras une légère notion
de l’ensemble de l’univers, ainsi que du monde fini et de celui infini.
Le système des mondes et l’Éternel ou le soleil de lumière divine sont de même origine, ils n’ont point eu
de commencement et n’auront point de fin. Les légers changements qu’éprouvent certains globes ne changent rien à l’ordre de l’univers.
La volonté de l’Éternel ou de l’Esprit créateur peut à dessein lancer dans l’espace une nébuleuse ; celle-ci
partant de la tangente en parcourant l’espace subit la loi de l’attraction d’un soleil duquel elle s’est
approchée, et finit par décrire une ellipse très allongée où les deux foyers sont déterminés par l’action de
deux soleils ; alors elle forme une comète, mais au bout d’un laps de siècles elle finit par céder à
l’attraction plus forte de l’un des deux soleils, elle régularise sa course et finit par faire partie de son
système en tournant autour de lui ; puis au bout d’un certain nombre de siècles son point lumineux ou les
deux qu’elle affecte d’avoir se réunissent en un seul point lumineux qui devient le feu central de ce globe,
qui devient lui-même à une époque très reculée une planète habitable lorsqu’elle a pris une certaine
consistance métallifère, et fait naître à sa surface les éléments nécessaires à la vie des animaux appropriés
à sa nature, tels par exemple que de l’eau, une atmosphère et des végétaux.
Les planètes peuvent par la forte expansion de leur feu central se déchirer en diverses parties dont
chacune répandue dans l’espace devient autant de satellites en s’attachant à l’atmosphère d’activité d’une
autre planète.
Une comète, qui a été en premier lieu une nébuleuse peut par son action en s’approchant trop près d’une
planète soulever ses eaux, donner lieu à un déluge en abaissant ou relevant son axe, ce qui change le lit
des mers, met à jour ce qui était couvert par les eaux et ensevelit pour des siècles sous les mers des
contrées habitées en recouvrant du limon des mers les débris des animaux et des végétaux entassés les
uns sur les autres.
Une autre planète en passant dans la queue d’une comète, cette dernière peut enflammer son atmosphère
et détruire non seulement tous les végétaux mais aussi les animaux et faire de cette même planète un
vaste tombeau. Enfin une comète par sa trop grande action
peut en s’approchant trop près d’une planète porter une perturbation dans son atmosphère capable de
modifier l’existence animale et végétale et même la détruire. Voici les seules modifications qu’éprouvent
les globes, mais rien ne se perd pour cela dans le monde. Ces globes fussent-ils réduits à des atomes, ces
derniers par la loi de l’attraction finiraient par former un tout ou un nouveau globe.
Les diverses espèces d’animaux qui paraissent avoir existé sur la terre à des époques bien éloignées les
unes des autres sont le fait de la création à laquelle a donné lieu l’Esprit Créateur. Mais tous les êtres qui
en découlent paraissent à des époques plus ou moins reculées les unes des autres, à l’issue des grandes
catastrophes qu’éprouve la terre : l’espèce humaine ne date elle-même que de près de 60 siècles.
Les soleils, les comètes et les divers globes sont autant d’êtres d’une nature particulière qui se trouvent en
particulier régis par un esprit, car la hiérarchie universelle est infinie. L’Éternel est d’un ordre bien
au-dessus de ces esprits, ces derniers sont comme ses ministres et les globes comme ses sujets soumis à
la direction de ces mêmes ministres.
Tout ce qui existe dans l’univers de matériel ou de physique est purement minéral ; les gaz le sont eux
mêmes ; prends note de cet aveu.
L’homme est un composé triple ; son corps ou sa forme est animée d’une âme : celle-ci est la réunion de
diverses forces à l’aide desquelles l’esprit régit sa forme ou la matière. L’âme est dirigée par l’esprit
céleste qui est une émanation de l’action divine et par conséquent impérissable.
L’homme ne périt jamais que par sa forme alors l’esprit auquel l’âme sert de lien ou d’enveloppe s’en
sépare et sa forme, privée de l’esprit vital céleste, est livrée à la réaction de ses principes constitutifs.
L’esprit et l’âme vivent alors spirituellement en recherchant les centres qui leur conviennent et au bout
d’un certain temps l’homme ou l’être ou l’esprit ou la vie spirituelle, qui va toujours en se perfectionnant,
se sépare de son âme ou de son enveloppe glorieuse pour rentrer dans son universalité, ce qui fait que
l’homme meurt deux fois, c’est-à-dire change deux fois de forme. Mais l’homme ou l’esprit vit
éternellement. D’après mon récit tu ne peux maintenant douter de l’immortalité de l’âme.
Voilà tout ce qu’il m’est permis de t’apprendre ici pour satisfaire tes désirs.
Maintenant veux-tu savoir comment la médecine universelle agit sur l’économie animale ? Considère
comme je viens de te le dire que la forme ou le corps de l’homme est seule mortelle, tu verras qu’il ne
périt que du côté des solides. Comme ces derniers sont tous minéraux, tous peuvent être régénérés par le
principe ou l’esprit minéralisateur, lequel par ses diverses modifications forme les divers produits que
nous connaissons. Ils se trouvent donc tous ramenés à leur état primitif par l’action de ce même principe
et de sa force étrangère, qui rétablit l’équilibre et permet à l’esprit d’entrer et de sortir librement à travers
notre propre forme comme l’eau à travers une éponge ; car le dérangement de notre corps ne vient
uniquement, exception faite des indispositions mécaniques, que des courants de la vie qui ne peuvent
librement circuler. Mais la vertu de la médecine universelle est purement médicinale et non chirurgicale,
elle ne peut remettre un membre coupé ou détruit entièrement, ce qui fait que la personne qui en prend de
bonne heure, habituellement aux deux équinoxes, peut vivre sans infirmités plusieurs siècles à moins que
la nature n’ait prescrit une courte durée de son existence par son organisation, qui vient sans cesse
contrarier les efforts de la vie.
Venant maintenant au sujet de tous tes malheurs, et si j’ose dire de ton point fixe, il a fallu ton opiniâtreté
pour te rendre digne d’un pareil bienfait. Écoute attentivement et n’oublie jamais tes malheurs, afin
d’avoir toujours présents à tes yeux les infortunés. Suis-moi et ne crains rien.
Je vis alors un nuage qui sortait du sein de la terre, qui nous enveloppa et nous transporta dans l’air. Nous
parcourûmes les bords de la mer où j’aperçus de petites bosses. La nuit survint, le ciel était très étoilé,
nous suivions la voie lactée en nous dirigeant à l’étoile polaire. Un froid extrême s’empara de moi et
provoqua un profond sommeil. Réchauffé ensuite par les rayons du soleil qui paraissait sur l’horizon, je
fus tout étonné en me réveillant de me trouver sur la terre et d’y apercevoir un temple. La nymphe me prit
par la main et me conduisit à son entrée. Te voilà rendu, me dit-elle, au lieu où tu dois résoudre le
problème suivant. Puisque tu as été bon mathématicien, réfléchis bien, car tu ne peux rien sans sa
solution. D’un par un qui n’est qu’un sont faits trois, des trois deux et de deux un.
Tu m’as dit être instruit en chimie, vois quel moyen tes connaissances peuvent t’offrir pour ouvrir
seulement la serrure de la porte de ce temple, afin d’y pénétrer jusqu’au sanctuaire.
A vaincre sans péril, ajouta-t-elle, on triomphe sans gloire. Avant de te quitter je veux encore t’observer
que tu ne peux combattre le dragon qui défend intérieurement l’entré de ce temple qu’avec cette lance
qu’il faut que tu fasses rougir à l’aide du feu vulgaire afin de percer le corps du monstre que tu dois
combattre, et pénétrer jusqu’à son coeur : dragon qui a été bien décrit par les anciens et duquel ils ont tant
parlé.
Pense à la rosée de mai, elle devient indispensable comme véhicule et comme étant le principe de toutes
choses. Je jetai mes regards sur elle, la nymphe se mit à sourire. Enfin tu vas commencer les travaux d’Hercule, réunis toutes tes forces et sois d’une ferme volonté. Adieu. La nymphe me prit par la main et
me la serra. Aimes-tu la vie, me dit-elle. En votre présence je la chéris plus que jamais, lui répondis-je.
Tâche de ne pas la perdre par imprudence ; en attendant l’issue du combat je veillerai près de toi et en cas
d’événements je viendrai te soulager. Adieu. Elle disparut.
J’étais triste d’avoir perdu cette nymphe qui m’était si chère. Enfin je me décidai au combat. Ayant réuni
des branches de bois sec éparpillées sur le lieu où je me trouvais, j’y mis le feu à l’aide d’une lentille que
je trouvais avoir sur moi, et fis rougir ma lance presque au blanc. Pendant cette opération je cherchai le
moyen qui pourrait le mieux détruire la serrure de la porte du temple. Je m’aperçus que la nymphe
m’avait glissé dans ma poche sans que je m’en aperçusse un bocal bouché, plein de la substance qui
m’était nécessaire.
Déterminé à vaincre ou à périr, je saisis avec fureur ma lance d’une main et la substance de l’autre, et mis
de cette dernière sur la serrure la quantité nécessaire. Celle-ci en peu de temps disparut entièrement et les
deux battants de la porte du temple s’ouvrirent avec fracas. J’aperçus un effroyable dragon qui avait un
énorme dard à trois pointes qui cherchait à me lancer son haleine mortelle. Je m’élançai sur lui en criant :
Lorsqu’on a tout perdu, que l’on a plus d’espoir,
La vie est un opprobre et la mort un devoir.
Il ouvre sa gueule pour me dévorer, je lui plonge dedans avec tant de force ma lance que je pénètre
jusqu’aux entrailles, je lui déchire le coeur ; et afin qu’il ne pût m’atteindre, je faisais en même temps de
rudes efforts à l’aide de ma lance pour détourner la direction de sa tête. Le monstre se replia sur lui-même
à diverses reprises, vomit des flots de sang et cessa d’exister.
Je me dirigeai de suite au choeur du temple et j’entendis une voix céleste qui me dit : Audacieux, viens-tu
profaner ce temple pour satisfaire ta vile cupidité où viens-tu y chercher les moyens de soulager
l’humanité souffrante ? Je viens, lui répondis-je, dépouillé de toute ambition, te prier à genoux de me
donner les moyens seulement de recouvrer la fortune que j’ai sacrifiée pour connaître la pierre
philosophale, ceux aussi de pouvoir en secret rendre à la vie des humains vertueux ; je te jure et le jure à
l’Éternel et si tu daignes m’accorder un pareil bienfait, je ne révélerai jamais les travaux d’Hercule ni la
matière et le feu, par un langage qui ne puisse être entendu que par ceux que Dieu voudra gratifier d’un
pareil secret, et si je suis parjure, que je sois puni d’une manière exemplaire.
Je vis alors deux superbes vases en cristal reposant chacun sur un piédestal du plus beau marbre de
Carreras. L’un de ces vases était en forme d’urne, surmonté d’une couronne en or à 4 fleurons ; on avait
écrit en lettres gravées dessus : Matière contenant les deux natures métalliques.
L’autre vase en cristal était un grand bocal bouché à l’émeri, d’une forte épaisseur, on avait gravé
pareillement dessus ce qui suit : Esprit astral ou esprit ardent, qui est une déjection de l’étoile polaire.
Ce vase était surmonté d’une couronne d’argent ornée de 9 étoiles brillantes.
Comme je finissais de lire, j’aperçus avec joie mon aimable nymphe qui me dit en me montrant ce grand
bocal : vois-tu mon miroir ? Rien, me dit-elle, ne peut s’opposer maintenant à te récompenser toi-même de
la lutte que tu as soutenue avec autant de courage en prenant à discrétion des substances que contiennent
ces deux vases sacrés qui sont de même origine céleste. Je m’aperçois du malaise que te fait éprouver ta
victoire, qui pourrait te devenir funeste en faisant ici un plus long séjour ; hâte-toi de prendre ta récompense et sors au plus vite de ce temple. Je vais tout disposer pour notre départ. Elle me laissa seul.
Mes forces et mon courage commençaient à s’abattre : je crus devoir obéir aux ordres de la nymphe.
J’aperçus à côté des deux vases sacrés divers bocaux vides, bien nets, en cristal, bouchés à l’émeri. J’en
pris deux, j’ouvris avec précipitation le premier en forme d’urne, qui contenait la matière androgyne et les
deux natures métalliques, et en remplis mon vase. L’ayant bouché après avoir fermé l’urne en cristal,
j’ouvris le second et plus grand vase et versai en tremblant dans mon deuxième bocal de la substance qu’il
contenait : je n’avais pas d’entonnoir, le temps me durait, mes forces s’évanouissaient, je fermai bien vite
le grand vase et le mien avec son bouchon en cristal, et je sors avec empressement du temple. En passant
près du monstre que j’avais vaincu, je vis qu’il ne restait plus de lui que ses dépouilles mortelles et de
nulle valeur.
Aussitôt que j’eus pris l’air, je crus que j’allais m’évanouir. Dans la crainte de casser mes deux vases en
tombant, je me couchai sur la terre avec peine après avoir posé à côté de moi mes deux petits bocaux. Je
fus quelque moment à respirer avec difficulté. Ma nymphe chérie vint à moi en souriant ; elle me félicita
sur mon courage et sur la victoire que je venais de remporter. Elle me dit : Conviens, infortuné Cyliani,
qu’il n’est pas bon de t’exposer souvent à pareille lutte. Que vois-je ? me dit-elle, une école ! Ces paroles
me frappèrent. Je lui dis : Expliquez-vous. L’un de tes bocaux contient plus de matière androgyne qu’il ne
t’en faut, mais tu n’as pas pris assez d’esprit astral, il t’en faut infiniment plus, et comme dit Arnauld de
Villeneuve, il en faut foison d’eau, d’esprit distillé, mais ta faute est excusable, elle est le fruit d’une peur
fondée. Enfin, tu en as assez pour t’apprendre à faire la pierre et combler tes désirs. Hâtons-nous de
rejoindre notre point de départ. Tu ne penses plus à la compagne de ta jeunesse ni à l’inquiétude où ton
absence l’a plongée. Partons, ta vie serait ici en danger. Je vis un nouveau nuage sortir du sein de la terre,
qui nous enveloppa et nous enleva dans l’air. Nous fîmes bien du chemin. La nuit survint, le ciel était
sans taches et très étoilé, nous suivions derechef la voie lactée, mais en sens inverse. J’éprouvai alors un
grand froid. Notre direction était aussi du côté du lieu qui me vit naître. Mais en quittant une région
froide et en passant dans une région chaude, je sentis un fort sommeil s’emparer de moi et je fus bien
étonné en me réveillant à la pointe de l’aurore de me trouver au pied du gros chêne d’où nous étions
partis.
J’appelai mon aimable nymphe, elle me dit en riant : Que veux-tu de plus ? dis-moi, que faut-il que je fasse
pour terminer mon oeuvre ?
Maintenant que tu as passé les travaux d’Hercule et que tu possèdes les matières, ce n’est plus qu’un
travail de femme ou d’enfant attentif et soigneux. Écoute avec attention.
Considère bien les travaux de la nature. Elle a formé dans le sein de la terre les métaux, mais il faut
quelque chose de plus, leur quintessence. Vois d’où elle tire la quintessence des choses. Ce n’est qu’à la
surface de la terre, dans les règnes qui vivent ou végètent : suis donc la nature pas à pas. Considère aussi
comme elle opère dans le règne végétal, car ce n’est point un minéral que tu veux faire. Vois-la
humectant avec la rosée ou la pluie la semence confiée à la terre, la desséchant à l’aide du feu céleste et
réitérant ainsi jusqu’à ce que l’embryon soit formé, développé, bourgeonné, fleuri, et parvenu à sa vertu
multiplicative, enfin à la maturité de son fruit. C’est bien simple : dissous et coagule, voilà tout, et
donne-toi de garde de te servir d’autre feu que de celui du ciel.
Enfin la nymphe daigna me tracer tout ce qui me restait à faire comme je vais le dire dans le plus grand
détail. Je me jetai à ses pieds pour la remercier d’un pareil bienfait, en adressant mes humbles
remerciements à l’Éternel de m’avoir fait surmonter tant de dangers, puis elle me dit adieu en ajoutant : ne m’oublie pas.
Elle disparut, sa fuite me fit éprouver une peine si grande que je me réveillai.
Peu de temps après, je me mis à recommencer mon oeuvre et à l’aide des travaux d’Hercule je me
procurai de la matière contenant les deux natures métalliques, ainsi que de l’esprit astral, avec l’aide de
mes dernières ressources et non de celles d’autrui, qui m’ont rendu libre de disposer à mon gré de ma
réussite envers ceux qui la mériteront à mes yeux, sans blesser ma délicatesse et la bienséance, ni fouler à
mes pieds les devoirs de la reconnaissance.
PREMIÈRE OPÉRATION
CONFECTION DE L’AZOTE
OU
DU MERCURE DES PHILOSOPHES
Je pris de la matière contenant les deux nature métalliques ; je commençai par l’imbiber de l’Esprit astral
peu à peu, afin de réveiller les deux feux intérieurs qui étaient comme éteints, en desséchant légèrement
et broyant circulairement le tout à une chaleur de soleil ; puis réitérant ainsi et fréquemment en humectant
de plus en plus, desséchant et broyant jusqu’à ce que la matière ait pris l’aspect d’une bouillie légèrement
épaisse.
Alors je versai dessus une nouvelle quantité d’esprit astral de manière à surnager la matière et laissai le
tout ainsi pendant cinq jours au bout desquels je décantai adroitement le liquide ou la dissolution que je
conservai dans un lieu froid ; puis je desséchai derechef à la chaleur solaire la matière restée dans le vase
en verre qui avait environ trois doigts de hauteur, j’imbibai, je broyai, desséchai et dissolvais comme
j’avais précédemment fait et réitérai ainsi jusqu’à ce que j’eusse dissous tout ce qui était susceptible de
l’être, ayant eu le soin de verser chaque dissolution dans le même vase bien bouché, que je mis pendant
dix jours dans le lieu le plus froid que je pus trouver.
Lorsque ces dix jours furent écoulés, je mis la dissolution totale à fermenter dans un pélican pendant
quarante jours, au bout desquels il se précipita par l’effet de la chaleur interne de la fermentation une
matière noire.

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