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Bibliothèque Numérique Alchimique du Merveilleux (BNAM)
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NOUVELLE LUMIERE CHYMIQUE
Traité de la nature en général
Article mis en ligne le 31 janvier 2010
dernière modification le 12 mai 2014

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Chapitre I :

Ce que c’est que la Nature, et quels doivent être ceux qui la cherchent.

Plusieurs hommes sages et très doctes ont, avant plusieurs siècles, et même avant le Déluge (selon le témoignage d’Hermès), écrit beaucoup de préceptes touchant la manière de trouver la Pierre des Philosophes, et nous en ont laissé tant d’écrits, que si la Nature n’opérait tous les jours devant nos yeux des effets si surprenants que nous ne pouvons absolument les nier, je crois qu’il ne se trouverait personne qui estimât qu’il y eût véritablement une Nature, vu qu’aux temps passés il ne fut jamais tant d’inventeurs de choses ni tant d’inventions qu’il s’en voit aujourd’hui. Aussi nos prédécesseurs, sans s’amuser à ces vaincs recherches, ne considéraient autre chose que la Nature et sa possibilité : c’est-à-dire ce qu’il était possible de faire. Et bien qu’ils aient demeuré seulement en cette voie simple de la Nature, ils ont néanmoins trouvé tant de choses qu’à peine pourrions-nous les imaginer avec toutes nos subtilités et toute cette multitude d’inventions. Ce qui se fait à cause que la Nature et la génération ordinaire des choses qui croissent sur la Terre, nous semble trop simple et de trop peu d’effet pour y appliquer notre esprit, qui ne s’exerce cependant qu’à imaginer des choses subtiles qui, loin d’être connues, à peine se peuvent faire ou, du moins, très difficilement. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner s’il arrive que nous inventions plus aisément quelques vaines subtilités, et telles qu’à la vérité les vrais Philosophes n’eussent pu presque imaginer, plutôt que de parvenir à leur intention et au vrai cours de la Nature. Mais quoi ! Telle est l’humeur naturelle des hommes de ce siècle, telle est leur inclination de négliger ce qu’ils savent, et de rechercher toujours quelque chose de nouveau, et surtout les esprits des hommes auxquels la Nature est sujette.

Vous verrez, par exemple, qu’un artisan qui aura atteint la perfection de son Art, cherchera d’autres choses, ou qu’il en abusera, ou même qu’il le laissera là tout à fait. Ainsi la généreuse Nature agit toujours sans relâche jusqu’à son Iliade, c’est-à-dire jusqu’à son dernier terme, et puis elle cesse : car, dès le commencement, il lui a été accordé qu’elle pourrait s’améliorer dans son cours, et qu’elle parviendrait enfin à un repos solide et entier, auquel, pour cet effet, elle tend de tout son pouvoir, se réjouissant de sa fin comme les fourmis se réjouissent de leur vieillesse qui leur donne des ailes à la fin de leurs jours. De même, nos esprits ont poussé si avant, principalement dans l’Art philosophique et dans la pratique de la Pierre, que nous sommes presque parvenus jusqu’à l’Iliade, c’est-à-dire jusqu’au dernier but. Car les Philosophes de ce temps ont trouvé tant de subtilités qu’il est presque impossible d’en trouver de plus grandes ; et ils différent autant de l’Art des anciens Philosophes que l’horlogerie est différente de la simple serrurerie. En effet, quoique le serrurier et l’horloger manient tous deux le fer et qu’ils soient maîtres tous deux dans leur Art, l’un néanmoins ignore l’artifice de l’autre. Pour moi, je m’assure que si Hermès, Geber et Lulle, tous subtils et tous profonds Philosophes qu’ils pouvaient être, revenaient maintenant au monde, ils ne seraient pas tenus par ceux d’aujourd’hui à grand-peine pour des Philosophes, mais plutôt pour des disciples, tant notre présomption est grande. Sans doute qu’aussi ces bons et doctes personnages ignoraient tant d’inutiles distillations qui sont usitées aujourd’hui, tant de circulations, tant de calcinations et tant de vaines opérations que nos modernes ont inventées, lesquels n’ayant pas bien entendu le sens des écrits de ces Anciens, resteront encore longtemps à rechercher une chose seulement : c’est de savoir la Pierre des Philosophes, ou la teinture physique que les Anciens ont su faire. Enfin, il nous arrive, au contraire, qu’en la cherchant où elle n’est pas nous rencontrons autre chose ; mais n’était que tel est l’instinct naturel de l’homme, et que la Nature n’usât en ceci de son droit, à peine nous fourvoierions-nous maintenant.

Pour retourner donc à notre propos, j’ai promis en ce premier Traité d’expliquer la Nature, afin que nos vaines imaginations ne nous détournent point de la vraie et simple voie. Je dis donc que la Nature est une, vraie, simple, entière en son être, et que Dieu l’a faite devant tous les siècles, et lui a enclos un certain esprit universel. Il faut savoir néanmoins que le terme de la Nature est Dieu, comme il en est le principe ; car toute chose finit toujours en ce en quoi elle a pris son être et son commencement. J’ai dit qu’elle est unique et que c’est par elle que Dieu a fait tout ce qu’il a fait ; non que je dise qu’il ne peut rien faire sans elle (car c’est lui qui l’a faite, et il est tout-puissant), mais il lui a plu ainsi, et il l’a fait. Toutes choses proviennent de cette seule et unique Nature, et il n’y a rien en tout le monde hors la Nature. Que si quelquefois nous voyons arriver des avortons, c’est la faute ou du lieu, ou de l’artisan, et non pas de la Nature. Or cette Nature est principalement divisée en quatre régions ou lieux, où elle fait tout ce qui se voit et tout ce qui est cache ; car, sans doute, toutes choses sont plutôt à l’ombre et cachées que véritablement elles n’apparaissent. Elle se change au mâle et à la femelle ; elle est comparée au Mercure, parce qu’elle se joint à divers lieux ; et selon les lieux de la Terre, bons ou mauvais, elle produit chaque chose, bien qu’à la vérité il n’y ait point de mauvais lieux en Terre, comme il nous semble. Il y a quatre qualités élémentaires en toutes choses, lesquelles ne sont jamais d’accord, car l’une excède toujours l’autre.

II est donc à remarquer que la Nature n’est point visible bien qu’elle agisse sans cesse ; car ce n’est qu’un esprit volatil, qui fait son office dans les corps et qui a son siège et son lieu en la Volonté divine. En cet endroit elle ne nous sert d’autre chose, sinon que nous sachions connaître les lieux d’icelle, et principalement ceux qui lui sont plus proches et plus convenables ; c’est-à-dire afin que nous sachions conjoindre les choses ensemble selon la Nature, de peur de conjoindre le bois à l’homme, ou le boeuf ou quelque autre bête avec le métal ; mais au contraire qu’un semblable agisse sur son semblable, car alors la Nature ne manquera pas de faire son office. Or le lieu de la Nature n’est ailleurs qu’en la volonté de Dieu, comme nous avons déjà dit ci-devant.

Les scrutateurs de la Nature doivent être tels qu’est la Nature même : c’est-à-dire vrais, simples, patients, constants, etc., mais, ce qui est le principal point, pieux, craignant Dieu et ne nuisant aucunement à leur prochain. Puis après, qu’ils considèrent exactement si ce qu’ils se proposent est selon la Nature, s’il est possible et faisable ; et cela, qu’ils l’apprennent par des exemples apparents et sensibles ; à savoir, avec quoi toute chose se fait, comment, et avec quel vaisseau. Car si tu veux simplement faire quelque chose comme fait la Nature, suis-la ; mais si tu veux faire quelque chose de plus excellent que la Nature ne fait, regarde en quoi et par quoi elle s’améliore, et tu trouveras que c’est toujours avec son semblable. Si tu veux, par exemple, étendre la vertu intrinsèque de quelque métal plus outre que la Nature (ce qui est notre intention}, il te faut prendre la Nature métallique, et ce encore au mâle et en la femelle, autrement tu ne feras rien. Car si tu penses faire un métal d’une herbe, tu travailleras en vain, de même que d’un chien ou de quelque autre bête tu ne saurais produire un arbre.

Chapitre II

De l’opération de la Nature en notre proposition et semence

J’ai dit ci-dessus que la Nature est unique, vraie et partout apparente, continue ; qu’elle est connue par les choses qu’elle produit, comme bois, herbes, etc., Je vous ai dit aussi que le scrutateur d’icelle doit être de même, c’est-à-dire véritable, simple, patient, constant, et qu’il n’applique son esprit qu’à une chose seulement. Il faut maintenant parler de l’action de la Nature. Vous remarquerez que tout ainsi que la Nature est en la volonté de Dieu, et que Dieu l’a créée et l’a mise en toute imagination ; de même la Nature s’est fait une semence dans les éléments procédant de sa volonté. Il est vrai qu’elle est unique, et toutefois elle produit choses diverses ; mais néanmoins elle ne produit rien sans sperme. Car la Nature fait tout ce que veut le sperme, et elle n’est que comme l’instrument de quelque artisan. Le sperme, donc, de chaque chose est meilleur et plus utile à l’artiste que la Nature même ; car par la Nature seule vous ne ferez non plus sans sperme, qu’un orfèvre pourrait faire sans feu, sans or ou sans argent, ou le laboureur sans grain. Ayez donc cette semence ou sperme, et la Nature sera prête de faire son devoir, soit à mal, soit à bien. Elle agit sur e sperme comme Dieu sur le franc arbitre de l’homme. Et c’est une grande merveille de voir que la Nature obéisse à la semence, toutefois sans y être forcée mais de sa propre volonté. De même, Dieu accorde à l’homme tout cc qu’il veut, non qu’il y soit forcé, mais de son bon et libre vouloir. C’est pourquoi il a donné à l’homme le libéral arbitre, soit au bien, soit au mal. Le sperme, donc, c’est l’Elixir ou la quintessence de chaque chose, ou bien encore la plus parfaite et la plus accomplie décoction et digestion de chaque chose, ou le baume de Soufre, qui est la même chose que l’humide radical dans les métaux. Nous pourrions, à la vérité, faire ici un grand et ample discours de ce sperme ; mais nous ne voulons tendre à autre chose qu’à ce que nous nous sommes proposés en cet Art. Les quatre Eléments engendrent le sperme par la volonté de Dieu et pal’ l’imagination de la Nature : car tout ainsi que le sperme de l’homme a son centre ou réceptacle convenable dans les reins, de même les quatre Eléments, par un mouvement infatigable et perpétuel (chacun selon sa qualité), jettent leur sperme au centre de la Terre, où il est digéré et, par le mouvement, poussé dehors. Quant au centre de la Terre, c’est un certain lieu vide où rien ne peut reposer. Les quatre Eléments jettent leurs qualités en l’excentre (s’il faut ainsi parler) ou à la marge et circonférence du centre, comme l’homme jette sa semence dans la matrice de la femme, dans laquelle il ne demeure rien de la semence : mais après que la matrice en a pris une due portion, elle jette le reste dehors. De même arrive-t-il au centre de la Terre, que la force magnétique ou aimantine de la partie de quelque lieu attire à soi ce qui lui est propre pour engendrer quelque chose et, le reste, elle le pousse dehors pour en faire des pierres et autres excréments. Car toutes choses prennent leur origine de cette fontaine, et rien ne naît en tout le monde que par l’arrosement de ses ruisseaux. Par exemple, que l’on mette sur une table bien unie un vaisseau plein d’eau, qui soit placé au milieu de cette table, et qu’on pose alentour plusieurs choses et diverses couleurs, et entre autres qu’il y ait du sel, et que chaque chose soit mise séparément ; puis après, que l’on verse l’eau au milieu, vous la verrez couler deçà et delà ; vous verrez, dis-je, que ce ruisseau-ci venant à rencontrer la couleur rouge, deviendra rouge pareillement ; et que celui-là passant par le sel deviendra salé, et ainsi des autres : car il est certain que l’eau ne change point les lieux, mais la diversité des lieux change l’eau. De même la semence ou sperme jeté par les quatre Eléments au centre de la Terre, passe par divers lieux ; en sorte que chaque chose naît selon la diversité des lieux : s’il parvient à un lieu où il rencontre la terre et l’eau pure, il se fait une chose pure. La semence et le sperme de toutes choses est unique, et néanmoins il engendre diverses choses, comme il appert par l’exemple suivant. La semence de l’homme est une semence noble, créée seulement pour la génération de l’homme ; cependant, si l’homme en abuse (ce qui est en son libéral arbitre), il en naît un avorton ou un monstre. Car si, contre les défenses que Dieu a faites à l’homme, il s’accouplait avec une vache ou quelque autre bête, cet animal concevrait facilement la semence de l’homme, parce que la Nature n’est qu’une ; et alors il ne naîtrait pas un homme, mais une bête et un monstre, à cause que la semence ne trouve pas le lieu qui lui est convenable. Ainsi, par cette inhumaine et détestable commixion, ou mélange des hommes avec les bêtes, il naîtrait diverses sortes d’animaux semblables aux hommes. Car il arrive infailliblement que si le sperme entre au centre, il naît ce qu’il en doit naître ; mais sitôt qu’il est venu en un lieu certain et qui le conçoit, alors il ne change plus de forme. Toutefois, tant que le sperme est dans le centre, il se peut aussitôt créer de lui un arbre qu’un métal, une herbe qu’une pierre, et une chose enfin plus pure que l’autre selon la pureté des lieux. Mais il nous faut dire maintenant en quelle façon les Eléments engendrent cette semence.

I faut bien remarquer qu’il y a quatre Eléments, deux desquels sont graves ou pesants, et deux autres légers, deux secs et deux humides, toutefois l’un extrêmement sec et l’autre extrêmement humide, et en outre sont masculins et féminins. Or chacun d’eux est très prompt à produire choses semblables à soi en sa sphère : car ainsi l’a voulu le Très-Haut. Ces quatre ne reposent jamais ; ils agissent continuellement l’un en l’autre, et chacun pousse de soi et par soi ce qu’il a de plus subtil : tous ont leur rendez-vous général au centre, et dans le centre est l’Archée serviteur de la Nature, qui, venant à mêler ces spermes-là, les jette dehors. Mais vous pourrez voir plus au long dans la conclusion de ces douze traités ou chapitres comment cela se fait.

Chapitre III

De la vraie et première matière des métaux

La première matière des métaux est double ; mais néanmoins l’une sans l’autre ne crée point un métal. La première et la principale est une humidité de l’air mêlée avec chaleur, et cette humidité a été nommée par les Philosophes Mercure, lequel est gouverné par les rayons du Soleil et de la Lune, en notre mer philosophique. La seconde est la chaleur de la Terre, c’est-à-dire une chaleur sèche, qu’ils appellent Soufre. Mais parce que tous les vrais Philosophes l’ont cachée le plus qu’ils ont pu, nous, au contraire, l’expliquerons le plus clairement qu’il nous sera possible, et principalement le poids, lequel étant ignoré, toutes choses se détruisent. De là vient que plusieurs d’une bonne chose ne produisent que des avortons. Car il y en a quelques-uns qui prennent tout le corps pour leur matière, c’est-à-dire pour leur semence ou sperme : les autres n’en prennent qu’un morceau, et tous se détournent du droit chemin. Si quelqu’un, par exemple, était assez idiot pour prendre le pied d’un homme et la main d’une femme, et que de cette commixion il présumât pouvoir faire un homme, il n’y a personne, pour ignorant qu’il fût, qui ne jugeât très bien que cela est impossible, puisqu’en chaque corps il y a un centre et un lieu certain où le sperme se repose et est toujours comme un point ; c’est-à-dire qui est comme environ la huit mille deux centième partie du corps, pour petit qu’il soit, voire même en un grain de froment : ce qui ne peut être autrement. Aussi est-ce folie de croire que tout le grain ou tout le corps se convertissent en semence ; il n’y en a qu’une petite étincelle ou partie nécessaire, laquelle est préservée par son corps de toute excessive chaleur et froideur, etc. Si tu as des oreilles et de l’entendement, prends garde à ce que je te dis, et tu seras assuré contre ceux non seulement qui ignorent le vrai lieu de la semence, et veulent prendre tout le corps au lieu d’icelle, et qui essaient inutilement de réduire tout le grain en semence, mais encore contre ceux qui s’amusent à une vaine dissolution des métaux, s’efforçant de les dissoudre entièrement, afin de créer un nouveau métal de leur mutuelle commixion. Mais si ces gens considéraient le procédé de la Nature, ils verraient clairement que la chose va bien autrement : car il n’y a point de métal, si pur qu’il soit, qui n’ait ses impuretés, l’un toutefois plus ou moins que l’autre, Toi donc, ami Lecteur, prends garde surtout au point de la Nature, et tu as assez ; mais tiens toujours cette maxime pour assurée, qu’il ne faut pas chercher ce point aux métaux du vulgaire, car il n’est point en eux, parce que ces métaux, principalement l’Or du vulgaire, sont morts ; au lieu que les nôtres, au contraire, sont vifs et ayant esprit ; et ce sont ceux-là qu’il faut prendre. Car tu dois savoir que la vie des métaux n’est autre chose que le feu, lorsqu’ils sont encore dans leur mine ; et que la mort des métaux est aussi le feu, c’est-à-dire le feu de fusion, Or la première matière des métaux est une certaine humidité mêlée avec un air chaud, en forme d’une eau grasse, adhérente à chaque chose pour pure ou impure qu’elle soit, en un lieu pourtant plus abondamment qu’en l’autre : ce qui se fait parce que la Terre est en un endroit plus ouverte et poreuse, et ayant une plus grande force attractive qu’en un autre. Elle provient quelquefois, et paraît au jour de soi-même, mais vêtue de quelque robe, et principalement aux endroits où elle ne trouve pas à quoi s’attacher. Elle se connaît ainsi, parce que toute chose est composée de trois principes ; mais en la matière des métaux, elle est unique et sans conjonction, excepté sa robe ou son ombre, c’est-à-dire son Soufre.

Chapitre IV

De quelle manière les métaux sont engendrés aux entrailles de la Terre

Les métaux sont produits en cette façon. Après que les quatre Eléments ont poussé leur force et leurs vertus dans le centre de la Terre, l’Archée de la Nature, en distillant, les sublime à la superficie par la chaleur d’un mouvement perpétuel ; car la Terre est poreuse, et le vent, en distillant par les pores de la Terre, se résout en eau, de laquelle naissent toutes choses. Que les enfants de la Science sachent donc que le sperme des métaux n’est point différent du sperme de toutes les choses qui sont au monde, lequel n’est qu’une vapeur humide. C’est pourquoi les Alchimistes recherchent en vain la réduction des métaux en leur première matière, qui n’est autre chose qu’une vapeur. Aussi les Philosophes n’ont point entendu cette première matière, mais seulement la seconde, comme dispute très bien Bernard Trévisan, quoiqu’à la vérité ce soit un peu obscurément, parce qu’il parle des quatre Eléments :néanmoins, il a voulu dire cela, mais il prétendait parler seulement aux enfants de doctrine. Quant à moi, afin de découvrir plus ouvertement la théorie, j’ai bien voulu ici avertir tout le monde de laisser là tant de solutions, tant de circulations, tant de calcinations et réitérations ; puisque c’est en vain que l’on cherche cela en une chose dure, qui de soi est molle par tout. C’est pourquoi ne cherchez plus cette première matière, mais la seconde seulement, laquelle est telle qu’aussitôt qu’elle est conçue elle ne peut changer de forme. que si quelqu’un demande comment est-ce que le métal se peut réduire en cette seconde matière, je réponds que je suis en cela l’intention des Philosophes, mais j’y insiste plus que les autres afin que les enfants de la Science prennent le sens des auteurs, et non pas les syllabes, et que là où la Nature finit, principalement dans les métalliques qui semblent des corps parfaits devant nos yeux, là il faut que l’Art commence.

Mais pour retourner à notre propos (car nous n’entendons pas parler ici seulement de la Pierre), traitons de la matière des métaux. J’ai dit un peu auparavant que toutes choses sont produites d’un air liquide, c’est-à-dire d’une vapeur que les Eléments distillent dans les entrailles de la Terre par un continuel mouvement ; et si tôt que l’Archée l’a reçu, il le sublime par les pores et le distribue par sa sagesse à chaque lieu (comme nous avons déjà dit ci-dessus). Et ainsi, par la variété des lieux, les choses proviennent et naissent diverses. Il y en a qui estiment que le Saturne a une semence particulière, que l’Or en a une autre, et ainsi chaque métal ; mais cette opinion est vaine, car il n’y a qu’une unique semence, tant au Saturne, qu’en l’Or, en l’Argent, et au Fer. Mais le lieu de leur naissance a été cause de leur différence (si tu m’entends comme il faut), encore que la Nature a bien plutôt achevé son oeuvre en la procréation de l’Argent, qu’en celle de l’Or, et ainsi des autres. Car quand cette vapeur que nous avons dit est sublimée au centre de la Terre, il est nécessaire qu’elle passe par des lieux ou froids ou chauds ; que si elle passe par des lieux chauds et purs, et où une certaine graisse de Soufre adhère aux parois, alors cette vapeur que les Philosophes ont appelée leur Mercure, s’accommode et se joint à cette graisse, laquelle elle sublime après avec soi ; et de ce mélange se fait une certaine onctuosité qui, laissant le nom de vapeur, prend le nom de graisse ; et venant puis après à se sublimer en d’autres lieux qui ont été nettoyés par la vapeur précédente et où la Terre est subtile, pure et humide, elle remplit les pores de cette Terre et se joint à elle ; et ainsi il se fait de l’Or. Que si cette onctuosité ou graisse parvient à des lieux impurs et froids, c’est là que s’engendre le Saturne ; et si cette Terre est pure, mais mêlée de Soufre, alors s’engendre le Vénus. Car plus le lieu est pur et net, plus les métaux qu’il procrée sont purs.

II faut aussi remarquer que cette vapeur sort continuellement du centre à la superficie, et qu’en allant elle purge les lieux. C’est pourquoi il arrive qu’aujourd’hui il se trouve des mines là où il y a mille ans il n’y en avait point : car cette vapeur, par son continuel progrès, subtilise toujours le cru et l’impur, tirant aussi successivement le pur avec soi. Et voilà comme se fait la réitération ou circulation de la Nature, laquelle se sublime tant de fois, produisant choses nouvelles, jusqu’à ce que le lieu soit entièrement dépuré, lequel plus il est nettoyé, plus il produit des choses riches et très belles. Mais en hiver quand la froideur de l’air vient à resserrer la Terre, cette vapeur onctueuse vient aussi à se congeler, qui après au retour du printemps se mêle avec la Terre et l’Eau ; et de là se fait la Magnésie, tirant à soi un semblable Mercure de l’Air, qui donne vie à toutes choses par les rayons du Soleil, de la Lune et des Etoiles ; et ainsi sont produites les herbes, les fleurs et autres choses semblables ; car la Nature ne demeure jamais un moment de temps oisive.

Quant aux métaux, ils s’engendrent en cette façon. La Terre est purgée par une longue distillation : puis, à l’arrivée de cette vapeur onctueuse ou graisse, ils sont procréés et ne s’engendrent point d’autre manière, comme quelques-uns estiment vainement, interprétant mal à cet égard les écrits des Philosophes.

Chapitre V

De la génération de toutes sortes de pierres

La matière des pierres est la même que celle des autres choses et, selon la pureté des lieux, elles naissent de cette façon. Quand les quatre Eléments distillent leur vapeur au centre de la Terre, l’Archée de la Nature la repousse et la sublime : d sorte que, passant par les lieux et par les pores de la Terre, elle attire avec soi toute l’impureté de la Terre, jusqu’à la superficie ; là où étant, elle est puis après congelée par l’air, parce que tout cc que l’air pur engendre est aussi congelé par l’air cru ; car l’air a ingré dans l’air et, se joignent l’un l’autre, parce que la Nature s’éjouit avec Nature : et ainsi se font les pierres et les rochers pierreux, selon la grandeur ou la petitesse des pores de la Terre, lesquels, plus ils sont grands, font que le lieu en est mieux purgé ; car une plus grande chaleur et une plus grande quantité d’eau passant par ce soupirail, la dépuration de la Terre en est plus tôt faite, et par ce moyen les métaux naissent plus commodément en ces lieux, comme le témoigne l’expérience, qui nous apprend qu’il ne faut point chercher l’Or ailleurs qu’aux montagnes, parce que rarement se trouve-t-il dans les campagnes qui sont des lieux ordinairement humides et marécageux, non pas à cause de cette vapeur que j’ai dit, mais à cause de l’Eau élémentaire, laquelle attire à soi ladite vapeur de telle façon qu’ils ne se peuvent séparer : si bien que le Soleil venant à la digérer, en fait de l’argile, de laquelle usent les potiers. Mais aux lieux où il y a une grosse arène, auxquels cette vapeur n’est pas conjointe avec la graisse ou le Soufre, comme dans les prés, elle crée des herbes et du foin.

Il y a encore d’autres pierres précieuses, comme le Diamant, le Rubis, l’Emeraude, le Crisoperas, l’Onyx et l’Escarboucle, lesquelles sont toutes engendrées en cette façon. Quand cette vapeur de Nature se sublime de soi-même sans ce Soufre, ou cette onctuosité que nous avons dit, et qu’elle rencontre un lieu d’eau pure de Sel, alors se font les Diamants ; et cela dans les lieux les plus froids, auxquels cette graisse ne peut parvenir, parce que, si elle y arrivait, elle empêcherait cet effet. Car on sait bien que l’esprit de l’Eau se sublime facilement, et avec un peu de chaleur ; mais non pas l’huile ou la graisse, qui ne peut s’élever qu’à force de chaleur, et ce en lieux chauds : car encore bien qu’elle procède du centre, il ne lui faut pourtant guère de froid pour la congeler et la faire arrêter ; mais la vapeur monte aux lieux propres et se congèle en pierres par petits grains dans l’eau pure.

Mais pour expliquer comment les couleurs se font dans les pierres précieuses, il faut savoir que cela se fait par le moyen du Soufre, en cette manière. Si la graisse du Soufre est congelée par ce mouvement perpétuel, l’esprit de l’Eau puis après le digère en passant, et le purifie par la vertu du Sel, jusqu’à ce qu’il soit coloré d’une couleur digeste, rouge ou blanche ; laquelle couleur, tendant à sa perfection, s’élève avec cet esprit, parce qu’il est subtilisé par tant de distillations réitérées : l’esprit puis après a puissance de pénétrer dans les choses imparfaites ; et ainsi il introduit la couleur, qui se joint puis après à cette Eau en partie congelée, et remplit ainsi ses pores et se fixe avec elle d’une fixation inséparable. Car toute Eau se congèle par la chaleur si elle est sans esprit ; et si elle est jointe à l’esprit, elle se congèle au froid. Mais quiconque sait congeler l’Eau par le chaud et joindre l’esprit avec elle, certainement il a trouvé une chose mille fois plus précieuse que l’Or et que toute chose qui soit au monde. Faites donc en sorte que l’esprit se sépare de l’Eau, afin qu’il se pourrisse et que le grain apparaisse : puis après en avoir rejeté les fèces, réduisez l’esprit en Eau, et les faites joindre ensemble ; car cette conjonction engendrera un rameau dissemblable en forme et excellence à ses parents.

Chapitre VI

De la seconde matière et de la perfection de toutes choses

Nous avons traité ci-dessus de la première matière de toutes choses, et comme elles naissent par la Nature sans semence ; c’est-à-dire comme la Nature reçoit la matière des Eléments, de laquelle elle engendre la semence : maintenant, nous parlerons de la semence et des choses qui s’engendrent avec semence. Toute chose donc qui a semence est multipliée par icelle, mais il est sans doute que cela ne se fait pas sans l’aide de la Nature : car la semence en un corps n’est autre chose qu’un air congelé ou une vapeur humide, laquelle, si elle n’est résoute par une vapeur chaude, est tout à fait inutile.

Que ceux qui cherchent l’Art sachent donc ce que c’est que semence, afin qu’ils ne cherchent point une chose qui n’est pas : qu’ils sachent, dis-je, que la semence est triple et qu’elle est engendrée des quatre Eléments. La première espèce de semence est la minérale, dont il s’agit ici : la seconde est la végétable : et la troisième l’animale. La semence minérale est seulement connue des vrais Philosophes ; la semence végétable est commune et vulgaire, de même que nous voyons dans les fruits ; et l’animale se connaît par l’imagination. La végétable nous montre à l’oeil comment la Nature l’a crée des quatre Eléments : car il faut savoir que l’hiver est cause de putréfaction, parce qu’il congèle les esprits vitaux dans les arbres ; et, lorsqu’ils sont résous par la chaleur du Soleil (auquel il y a une force magnétique ou aimantine qui attire à soi toute humidité), alors la chaleur de la Nature, excitée par le mouvement, pousse à la circonférence une vapeur d’eau subtile qui ouvre les pores de l’arbre et en fait distiller des gouttes, séparant toujours le pur de l’impur. Néanmoins l’impur précède quelquefois le pur ; le pur se congèle en fleurs, l’impur en feuilles ; le gros et épais en écorce, laquelle demeure fixe : mais les feuilles tombent ou par le froid ou par le chaud, quand les pores de l’arbre sont bouchés ; les fleurs se congèlent en une couleur proportionnée à la chaleur et apportent fruit ou semence. De même que la pomme, en laquelle est le sperme, d’où l’arbre ne naît pas ; mais dans ce sperme est la semence ou le grain intérieurement, duquel l’arbre naît même sans sperme : car la multiplication ne se fait pas au sperme, mais en la semence ; comme nous voyons clairement que la Nature crée la semence des quatre Eléments, de peur que nous ne fussions occupés à cc[a inutilement ; car ce qui est crée n’a pas besoin de créateur. Il suffira en cet endroit d’avoir averti le Lecteur par cet exemple. Retournons maintenant à notre propos minéral.

Il faut donc savoir que la Nature crée la semence minérale ou métallique dans les entrailles de la Terre ; c’est pourquoi on ne croit pas qu’il y ait une telle semence dans la Nature, à cause qu’elle est invisible. Mais ce n’est pas merveille, si les ignorants en doutent ; car puisqu’ils ne peuvent même comprendre ce qui est devant leurs yeux, à grand-peine concevraient-ils ce qui est caché et invisible. Et pourtant c’est une chose très vraie, que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : et, au contraire, ce qui naît en haut naît d’une même source que ce qui est dessous, dans les entrailles de la Terre. Et, je vous prie, quelle prérogative auraient les végétables par-dessus les métaux, pour que Dieu eût donné de la semence à ceux-là et en eût exclu ceux-ci ? Les métaux ne sont-ils pas en aussi grande autorité et considération envers Dieu que les arbres ? Tenons donc pour assuré que rien ne croît sans semence ; car là où il n’y a point de semence, la chose est morte. Il est donc nécessaire que les quatre Eléments créent la semence des métaux ou qu’ils les produisent sans semence : s’ils sont produits sans semence, ils ne peuvent être parfaits, car toute chose sans semence est imparfaite, eu égard au composé. Qui n’ajoute point foi à cette vérité indubitable n’est pas digne de rechercher les secrets de la Nature, car rien ne naît au monde sans semence. Les métaux ont en eux vraiment et réellement leur semence ; mais leur génération se fait ainsi. Les quatre Eléments, en la première opération de la Nature, distillent, par l’artifice de l’Archée dans le centre de la Terre, une vapeur d’eau pondéreuse, qui est la semence des métaux et s’appelle Mercure, non pas à cause de son essence, mais à cause de sa fluidité et facile adhérence à chaque chose. Il est comparé au Soufre, à cause de sa chaleur interne ; et, après la congélation, c’est l’humide radical. Et quoique le corps des métaux soit procréé du Mercure (ce qui se doit entendre du Mercure des Philosophes), néanmoins il ne faut point écouter ceux qui estiment que le Mercure vulgaire soit la semence des métaux et ainsi prennent le corps au lieu de la semence, ne considérant pas que le Mercure vulgaire a aussi bien en soi sa semence que les autres. L’erreur de tous ces gens-là sera manifeste par l’exemple suivant.

II est certain que les hommes ont leur semence, en laquelle ils sont multipliés. Le corps de l’homme c’est le Mercure, la semence est cachée dans ce corps ; et, eu égard au corps, la quantité de son poids est très petite. Qui veut donc engendrer cet homme métallique, il ne faut pas qu’il prenne le Mercure qui est un corps, mais la semence qui est cette vapeur d’eau congelée. Ainsi les opérateurs vulgaires procèdent mal en la régénération des métaux ; ils dissolvent les corps métalliques, soit Mercure, soit Or, soit Argent, soit Plomb, et les corrodent avec les eaux-fortes, et autres choses hétérogènes et étrangères, non requises à la vraie science : puis après, ils conjoignent ces dissolutions, ignorant ou ne prenant pas garde que des pièces et des morceaux d’un corps un homme ne peut pas être engendré ; car, par ce moyen, la corruption du corps et la destruction de la semence ont précédé. Chaque chose se multiplie au mâle et à la femelle, comme j’ai fait mention au chapitre de la double Matière : La disjonction du sexe n’engendre rien, c’est la due conjonction, laquelle produit une nouvelle forme. Qui veut donc faire quelque chose de bon, doit prendre les spermes ou semences, non pas les corps entiers.

Prends donc le mâle vif, et la femelle vive, et les conjoints ensemble, afin qu’ils s’imaginent un sperme pour procréer un fruit de leur Nature : car il ne faut point que personne se mette en tête de pouvoir faire la première matière. La première matière de l’homme, c’est la Terre, de laquelle il n’y a homme si hardi qui voulût entreprendre d’en créer un homme ; c’est Dieu seul qui sait cet artifice : mais la seconde matière, qui est déjà crée, si l’homme la sait mettre dans un lieu convenable, avec l’aide de la Nature, il s’en engendrera facilement la forme de laquelle elle est semence. L’artiste ne fait rien en ceci, sinon de séparer ce qui est subtil de ce qui est épais, et le mettre dans un vaisseau convenable : car il faut bien considérer que, comme une chose se commence, ainsi elle finit ; d’un se font deux, et de deux un, et rien plus, Il y a un Dieu, de cet un est engendré le Fils, tellement qu’un en a donné deux, et deux ont donné un saint Esprit, procédant de l’un et de l’autre. Ainsi a été créé le monde, et ainsi sera sa fin. Considérez exactement ces quatre points, et vous y trouverez premièrement le Père, puis le Père et le Fils, enfin le saint Esprit : Vous y trouverez les quatre Eléments, et quatre Luminaires, deux célestes, deux centriques : bref , il n y a rien au monde qui soit autrement qu’il paraît en cette figure, jamais n’a été et jamais ne sera ; et si je voulais remarquer tous les mystères qui se pourraient tirer de là, il en naîtrait un grand volume.

Je retourne donc à mon propos, et te dis, en vérité, mon fils, que d’un tu ne saurais faire un, c’est à Dieu seul à qui cela est réservé en propre. Qu’il te suffise que tu puisses de deux en créer un qui te soit utile ; et, à cet effet, sache que le sperme multiplicatif est la seconde, et non la première matière de tous

métaux et de toutes choses : car la première matière des choses est invisible, elle est cachée dans la Nature ou dans les Eléments ; mais la seconde apparaît quelquefois aux enfants de la Science.